Canadair : combien la France en a, et combien volent vraiment

La France possède 12 Canadair CL-415, mais un commandant de bord en déclarait seulement 5 disponibles fin juillet 2026.

En bref #

  • La Sécurité civile aligne 12 Canadair CL-415, tous basés à Nîmes-Garons, avec l’indicatif radio « Pélican ». Les premiers sont arrivés en France en 1995.
  • Le 25 juillet 2026, sur franceinfo, le commandant de bord Grégory Prats affirmait que 5 seulement étaient disponibles sur les 12.
  • Un rapport du Sénat relève qu’à certaines périodes critiques de l’été 2024, 3 appareils sur 12 étaient opérationnels.
  • Quatre DHC-515 ont été commandés pour porter la flotte à 16 bombardiers d’eau amphibies, avec des livraisons échelonnées de 2028 à 2033.
« Face aux incendies, les Canadair multiplient les interventions périlleuses » — reportage FRANCE 24 mis en ligne le 6 juillet 2026 (37 726 vues relevées le 1er août 2026).

Ce que la France possède vraiment #

Dans le langage courant, « Canadair » désigne tout avion qui largue de l’eau sur un feu. En réalité, la flotte aérienne de la Sécurité civile — le service du ministère de l’Intérieur chargé des secours — compte 23 avions de trois types différents, qui ne font pas du tout le même métier.

Type d’appareil Nombre Ce qu’il fait
Canadair CL-415 (« Pélican ») 12 Bombardier d’eau amphibie : il écope sur un lac ou en mer et largue au plus près des flammes
Dash 8 Q400MR 8 Largue du retardant (10 000 litres) mais ne peut pas écoper : il doit revenir se recharger au sol
Beechcraft King Air B200 3 Aucune capacité de largage : coordination aérienne et guet aérien armé

Le guet aérien armé consiste à faire tourner des avions au-dessus des zones à risque les jours de vent et de sécheresse, pour attaquer un départ de feu dans les premières minutes, avant qu’il ne devienne incontrôlable. C’est une doctrine française, et elle explique pourquoi trois appareils sans réservoir comptent quand même dans le dispositif.

Détail que beaucoup d’articles écrasent : le Dash emporte plus que le Canadair. Il transporte 10 000 litres de retardant, contre 6 137 litres d’eau répartis en quatre réservoirs pour le CL-415. Mais le Canadair, lui, se recharge en 12 secondes d’écopage sur environ 410 mètres de plan d’eau, quand le Dash doit rentrer à la base. C’est la cadence, pas la capacité, qui fait la différence sur un feu.

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Pourquoi tous ne volent pas en même temps #

Douze avions sur le papier ne font pas douze avions en l’air. C’est la notion de disponibilité opérationnelle : le nombre d’appareils réellement en état de décoller un jour donné, une fois retirés ceux immobilisés en maintenance.

Le 25 juillet 2026, sur franceinfo, Grégory Prats, commandant de bord Canadair et chef de noria — une noria est un groupement d’avions engagés ensemble sur un même feu — déclarait : « Sur les douze Canadair que la France possède, nous n’en avons que cinq disponibles, c’est juste scandaleux ». Il attribuait cette situation à la maintenance : « L’industriel privé qui s’occupe de la maintenance n’arrive pas à suivre le rythme, les pièces détachées n’arrivent pas en temps et en heure ». Selon lui, les avions sont entretenus correctement « durant une année normale », mais 2026 est une année exceptionnelle. Il qualifiait la flotte de « vieillissante ».

Ce chiffre de 5 est un relevé ponctuel, pas une moyenne. Le site spécialisé Feux de Forêt situe la disponibilité en pointe estivale entre 8 et 10 appareils. Les deux informations ne se contredisent pas nécessairement : elles décrivent un jour de tension d’un côté, une fourchette de saison de l’autre. Il n’existe pas de compteur public et quotidien de la disponibilité des Canadair, et c’est précisément ce qui rend le sujet difficile à trancher.

Ce qu’en dit le Sénat #

Le constat n’est pas seulement celui des équipages. Dans son rapport spécial sur le projet de loi de finances pour 2026, déposé le 24 novembre 2025, le rapporteur Jean-Pierre Vogel écrit qu’« à certaines périodes critiques de l’été 2024, seuls trois appareils sur douze étaient opérationnels ».

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Le même rapport relève qu’en juillet 2025, les moyens disponibles ont conduit à arbitrer entre deux demandes d’engagement simultanées. En clair : il a fallu décider quel feu recevrait les bombardiers d’eau, et lequel attendrait. Le rapporteur pointe enfin le risque de non-respect du calendrier de livraison des deux premiers appareils neufs.

Les commandes et le calendrier #

Appareils Financement Coût Livraison prévue
2 DHC-515
(contrat signé le 12 août 2024)
Cofinancement européen, programme rescEU 49,4 M€ hors taxes par appareil Mars 2028 et novembre 2028
2 DHC-515 supplémentaires
(projet de loi de finances 2026)
Fonds propres de l’État 209 M€ en autorisations d’engagement, 20 M€ en crédits de paiement Fin 2032 à courant 2033

Le rescEU est le mécanisme européen de réserve de protection civile : Bruxelles cofinance des moyens nationaux à condition qu’ils puissent être envoyés dans un autre pays de l’Union en cas de besoin. C’est ce qui explique l’écart apparent entre les deux lignes du tableau : deux appareils cofinancés à 49,4 M€ pièce, deux autres payés seuls.

À l’arrivée, la cible affichée est de 16 bombardiers d’eau amphibies : les 12 CL-415 actuels plus les 4 DHC-515. Ce total suppose toutefois que les CL-415, dont les premiers volent depuis 1995, soient encore en service en 2033.

L’A400M : ce qu’il apporte, ce qui est contesté #

Fin juillet 2026, un A400M de l’armée de l’Air et de l’Espace, équipé d’un kit de largage amovible, a été engagé contre les incendies. Il emporte 20 tonnes. La France dispose de 25 A400M, mais un seul a été converti pour cette mission.

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L’argument officiel repose sur deux points : une masse larguée importante à chaque passage, et surtout la capacité à voler de nuit. Ce point n’est pas anecdotique : un Canadair ne vole pas la nuit, parce que l’écopage exige une visibilité parfaite. Il lui faut aussi un plan d’eau d’au moins 250 mètres de long et 1,80 mètre de profondeur, et une mer inférieure à force 4. Autrement dit, une bonne partie du territoire n’offre aucun point d’écopage utilisable, et la nuit, la flotte amphibie est clouée au sol.

Grégory Prats, lui, juge ce renfort « un pansement sur une jambe de bois ». Il met en avant un autre indicateur : le nombre de tonnes délivrées par heure sur un sinistre. L’A400M ne peut se poser qu’à Orléans, Mont-de-Marsan ou Istres, soit trois bases pour couvrir la France, ce qui allonge les rotations. À l’inverse, quatre Canadair disposant d’un plan d’eau à une vingtaine de kilomètres du chantier délivrent, selon lui, 120 tonnes par heure.

Les deux lectures coexistent et ne portent pas sur la même chose : l’une sur une capacité nouvelle (la nuit, le tonnage par passage), l’autre sur la cadence horaire en plein jour. Les éléments sont posés, chacun attribué à sa source.

Ce que ça change concrètement pour vous #

Quand la flotte disponible descend et que plusieurs départs de feu surviennent en même temps, la Sécurité civile arbitre. Grégory Prats décrit la mécanique sans détour : « À chaque fois qu’il y a un feu, il faut diviser nos forces par le nombre de feux », ce qui aboutit à « deux avions pour un feu et c’est très insuffisant », alors qu’il en faudrait au moins quatre.

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Dans ces moments-là, l’ordre de priorité est explicite : d’abord « la protection des personnes », ensuite « la protection des biens », et « loin derrière la protection de la végétation ». L’eau restante est gardée pour des largages de sécurité sur des pompiers en difficulté ou des maisons menacées.

Concrètement, pour un habitant d’une zone exposée, cela veut dire trois choses :

  • Un feu loin des habitations peut recevoir moins de moyens aériens qu’un sinistre qui menace un village, même s’il est plus étendu. C’est cette logique qui a prévalu lors de l’incendie de Gironde, quand le feu a approché la métropole bordelaise.
  • Le délai d’arrivée des avions dépend d’abord de leur engagement ailleurs, pas de la distance.
  • Le débroussaillement réglementaire autour de la maison et le respect immédiat des consignes d’évacuation pèsent d’autant plus lourd que les moyens aériens sont comptés. Un largage ne remplace pas une maison préparée.

Questions fréquentes #

Combien de Canadair la France possède-t-elle exactement ?

Douze Canadair CL-415, tous basés à Nîmes-Garons, sous l’indicatif radio « Pélican ». S’y ajoutent 8 Dash 8 Q400MR et 3 Beechcraft King Air B200, soit 23 avions au total pour la Sécurité civile.

Pourquoi entend-on parler de 5 Canadair seulement ?

Parce que la disponibilité opérationnelle diffère de l’inventaire. Le 25 juillet 2026, un commandant de bord en déclarait 5 disponibles sur franceinfo ; le Sénat a relevé 3 sur 12 à certaines périodes de l’été 2024 ; un site spécialisé situe la fourchette estivale entre 8 et 10. La maintenance, les délais de pièces détachées et l’âge des appareils expliquent ces écarts.

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Un Canadair peut-il intervenir de nuit ?

Non. L’écopage impose une visibilité parfaite, ainsi qu’un plan d’eau d’au moins 250 mètres de long et 1,80 mètre de profondeur. C’est précisément l’argument avancé pour l’A400M, qui peut larguer de nuit.

À retenir #

La France affiche 12 Canadair, 8 Dash et 3 King Air. Le nombre qui compte le jour d’un mégafeu n’est aucun de ceux-là : c’est celui des appareils en état de voler à l’instant T, qui a été mesuré à 3 sur 12 par le Sénat en 2024, annoncé à 5 par un commandant de bord le 25 juillet 2026, et situé entre 8 et 10 en pointe de saison par un site spécialisé. Aucune donnée publique quotidienne ne permet aujourd’hui de trancher entre ces relevés.

Les quatre DHC-515 commandés porteront la flotte amphibie à 16 appareils, mais le dernier n’est pas attendu avant 2033 — soit trente-huit ans après l’arrivée des premiers CL-415 en 1995. D’ici là, la variable d’ajustement reste la même : concentrer les avions là où des vies et des habitations sont menacées.

Sources #

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