Les grossistes de l’agroalimentaire ont-ils profité de la flambée des prix ? Selon une étude de l’Insee publiée le 20 octobre, leur taux de marge commerciale est resté quasi stable entre 2020 et 2024, mais leur rentabilité économique a bien progressé, à 10,7 % en 2024.
- Les prix de vente des grossistes en produits alimentaires, boissons et tabac ont grimpé de 31,2 % entre 2020 et 2024.
- Leur taux de marge commerciale est passé de 17,6 % à 17,5 % sur la période.
- L’excédent brut d’exploitation a augmenté de 45,2 % en quatre ans.
- Les volumes vendus, eux, n’ont pas progressé dans l’alimentaire (-0,1 %).
Plan de l'article
Que mesure exactement cette étude de l’Insee ? #
L’Insee Première n° 2131, signé Ariel Gamrasni, porte sur le commerce de gros agroalimentaire, c’est-à-dire les intermédiaires qui achètent aux producteurs et aux industriels pour revendre aux commerçants, aux restaurateurs ou à l’export. Le maillon est peu visible du grand public, mais il pèse lourd.
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Le périmètre compte environ 27 700 unités légales, hors micro-entrepreneurs. En 2025, leurs ventes de marchandises atteignent 293 milliards d’euros, soit un peu plus d’un quart de tout le commerce de gros. Les grossistes en produits alimentaires, boissons et tabac en réalisent 226 milliards, ceux en produits agricoles bruts et animaux vivants 67 milliards.
Leur marge commerciale s’élève à 49 milliards d’euros en 2025, un peu moins que celle du commerce de détail alimentaire en magasin, évaluée à 60 milliards. Les centrales d’achat sont exclues de l’étude, car leur rémunération repose surtout sur des commissions et des services.
De combien les prix ont-ils augmenté chez les grossistes ? #
Entre 2020 et 2024, les prix de vente ont progressé de 31,2 % pour les produits alimentaires, boissons et tabac, et de 26,2 % pour les produits agricoles bruts. C’est nettement plus que la hausse de l’ensemble du commerce de gros, d’environ 22,5 %. L’Insee cite la reprise après le Covid, la hausse des cours mondiaux, puis la guerre en Ukraine en 2022.
Certaines familles de produits ont flambé bien au-delà de la moyenne. Les prix de gros du sucre, du chocolat et de la confiserie ont bondi de 78,5 %, ceux des produits laitiers, œufs et huiles de 39,9 %, ceux du café, du thé, du cacao et des épices de 34,1 %. En bout de chaîne, les prix alimentaires à la consommation ont augmenté de 23,2 % entre 2020 et 2025.
Vrai ou faux : les grossistes ont gonflé leurs marges #
Plutôt faux, si l’on regarde le taux de marge commerciale, c’est-à-dire la marge rapportée aux ventes. Il est passé de 17,6 % à 17,5 % entre 2020 et 2024. Les grossistes ont donc répercuté la hausse de leurs coûts d’achat sans prélever une part plus grande sur chaque euro vendu.
L’Insee explique cette quasi-stabilité par des coûts d’achat qui ont grimpé plus vite que les coûts de distribution. Le taux de marge aurait même pu baisser davantage. Il recule de 0,4 point pour les produits agricoles bruts, à 11,1 %, et de 0,2 point seulement dans l’alimentaire.
Mais la marge en euros, elle, a suivi les prix : +31,8 % pour les produits alimentaires. Quand on vend plus cher la même quantité avec le même taux, on encaisse mécaniquement davantage.
Pourquoi la rentabilité a-t-elle quand même progressé ? #
C’est le second enseignement de l’étude, et il nuance le premier. L’excédent brut d’exploitation des grossistes a augmenté de 45,2 % en quatre ans. Leur rentabilité économique, qui rapporte cet excédent au capital engagé, atteint 10,7 % en 2024, en hausse de 1,6 point.
La progression est inégale. Elle gagne 2,4 points chez les grossistes en produits alimentaires et recule de 0,5 point chez ceux en produits agricoles bruts. Le titre de l’Insee résume le constat : les fortes hausses de prix « ont favorisé la rentabilité économique » de ces entreprises.
Autrement dit, le reproche d’un gonflement des marges sur chaque produit n’est pas confirmé par les chiffres. En revanche, le fait que l’inflation a été une bonne affaire pour une partie du secteur est, lui, documenté.
Et les volumes vendus ? #
C’est le revers de la médaille. Pendant que les prix montaient, les quantités ne suivaient pas. Les ventes en volume ont reculé de 7,2 % pour les produits agricoles, surtout en 2021, et stagné à -0,1 % pour les produits alimentaires. Sur la même période, l’ensemble du commerce de gros progressait de 5,4 % en volume.
La tendance s’est retournée en 2024. Selon le compte du commerce publié par l’Insee en juin 2025, les prix du commerce de gros de produits alimentaires, boissons et tabac n’ont augmenté que de 0,3 % cette année-là, après +13,9 % en 2023 et +12,5 % en 2022. Les ventes en volume du secteur ont alors rebondi de 1,0 %, après -6,2 % l’année précédente.
Les limites de ces chiffres #
Les données de marge et de rentabilité proviennent du dispositif Ésane, dont les dernières données définitives s’arrêtent à 2024. L’étude raisonne en unités légales et non en groupes, ce qui permet de mieux couvrir la marge mais ne dit rien de la répartition des profits au sein des grands ensembles. Elle ne permet pas non plus de comparer directement avec l’industrie agroalimentaire, absente de cette publication.
Questions fréquentes #
Les grossistes alimentaires ont-ils augmenté leur taux de marge ?
Non. Selon l’Insee, il est passé de 17,6 % à 17,5 % entre 2020 et 2024.
Leur rentabilité a-t-elle augmenté ?
Oui. La rentabilité économique atteint 10,7 % en 2024, en hausse de 1,6 point, et l’excédent brut d’exploitation a progressé de 45,2 % en quatre ans.
Combien pèse le commerce de gros agroalimentaire ?
Environ 27 700 unités légales et 293 milliards d’euros de ventes de marchandises en 2025.

