La France va paraître plus petite sur les cartes parce que le Quai d’Orsay abandonne la projection de Mercator, qui gonfle artificiellement les pays éloignés de l’équateur, au profit de la projection Eckert IV, fidèle aux superficies réelles. L’annonce, faite le vendredi 4 septembre 2026 par le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, est tombée le jour même où l’Assemblée générale de l’ONU adoptait, par 164 voix, la résolution « Correct the Map » portée par le Togo au nom du groupe africain. Après plus de 450 ans de règne, la carte que nous connaissons tous depuis l’école vacille — mais pas partout, et pas pour tous les usages.
- ▸L’ONU a adopté le 4 septembre la résolution « Correct the Map » : 164 voix pour, 1 contre (les États-Unis), 6 abstentions.
- ▸Le texte, non contraignant, encourage États, écoles, organisations internationales et entreprises tech à préférer des projections équivalentes comme Equal Earth (2018).
- ▸Le même jour, la France a officialisé le passage de sa diplomatie à la projection Eckert IV (1906), une bascule engagée depuis 2021.
- ▸Sur Mercator, le Groenland semble rivaliser avec l’Afrique ; en réalité, l’Afrique est environ 14 fois plus grande.
Ce que l’ONU a voté le 4 septembre #
La résolution, intitulée « Correct the Map : rééquilibrer la représentation cartographique mondiale et promouvoir une représentation équitable des régions du monde, en particulier l’Afrique », a été présentée par le Togo au nom des 54 États africains membres de l’ONU, avec le soutien de l’Union africaine. Elle a été adoptée par 164 voix pour, 1 contre et 6 abstentions (Estonie, Géorgie, Lituanie, Moldavie, Serbie, Ukraine), selon le compte rendu officiel des Nations unies. Le seul vote contre est celui des États-Unis, dont la délégation a dénoncé après le scrutin une résolution idéologique qui détournerait l’institution de ses priorités.
Avant le vote, le chef de la diplomatie togolaise Robert Dussey a rappelé que les cartes ne sont pas de simples représentations : elles orientent l’éducation et façonnent les perceptions collectives. Le texte n’interdit rien : il encourage gouvernements, écoles, organisations internationales et entreprises technologiques à utiliser des projections dites équivalentes — qui respectent les surfaces réelles — « lorsque la taille relative importe », à commencer par Equal Earth, conçue en 2018 par les cartographes Tom Patterson, Bernhard Jenny et Bojan Šavrič.
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La France passe à Eckert IV : « une carte n’est jamais tout à fait neutre » #
Quelques heures avant le vote new-yorkais, Jean-Noël Barrot annonçait à la Sorbonne, lors de l’événement public « La Fabrique de la diplomatie », que le Quai d’Orsay tourne la page Mercator. « Une carte n’est jamais tout à fait neutre », a déclaré le ministre, estimant que « le moment est venu » de « corriger » des représentations héritées des navigateurs du XVIᵉ siècle, sur lesquelles « les États-Unis, la Russie, la Chine prennent une importance visuelle démesurée ». Et de résumer : « Changer de carte ne change évidemment pas le monde. Mais corriger une représentation qui le déforme, c’est déjà faire œuvre de vérité. »
Sur la page publiée par le ministère, le constat est illustré par l’exemple devenu classique : « Le Groenland semble presque aussi vaste que l’Afrique, alors que l’Afrique est en réalité environ quatorze fois plus grande. » L’Afrique s’étend sur environ 30 millions de km², quand le Groenland occupe un territoire comparable à l’Algérie ou à la RD Congo. La projection retenue par la diplomatie française est Eckert IV, mise au point en 1906 par le cartographe allemand Max Eckert, très proche d’Equal Earth dans son rendu, selon l’AFP. Il s’agit moins d’une révolution que d’une officialisation : d’après Euronews, le ministère réduisait déjà progressivement l’usage de Mercator sur ses sites de diplomatie publique depuis 2021. Dans les salles de classe, en revanche, rien n’est encore joué : la plupart des manuels scolaires français utilisent toujours Mercator, note le même média.
Ce qui change concrètement — et ce qui ne change pas #
Pour le grand public, l’effet sera d’abord visuel et progressif : cartes murales des ministères, documents officiels, supports pédagogiques. La résolution étant purement incitative, chaque État, chaque éditeur de manuels, chaque rédaction décidera de son rythme. Selon The Irish Times, le Togo prépare d’ailleurs un événement à Lomé, avec l’UNESCO, l’Union africaine et des acteurs technologiques dont Google Maps, pour organiser la mise en œuvre de la résolution.
Votre GPS, lui, ne changera pas : la position calculée par satellite est indépendante de la carte qui l’affiche. Et les services de cartographie en ligne, Google Maps en tête, reposent toujours sur une variante de Mercator (dite Web Mercator) pour l’affichage aux niveaux de zoom urbains — un choix technique qui rend les rues rectilignes et les quartiers fidèles, là où la déformation des surfaces ne se voit pas. C’est précisément la nuance que rappellent les cartographes : Mercator n’est pas une « mauvaise » carte, c’est une carte spécialisée. Conçue en 1569 par le Flamand Gérard Mercator pour la navigation maritime, elle conserve les angles : un cap constant au compas y devient une ligne droite, ce qui reste inestimable pour naviguer. Le problème naît quand cet outil de marins sert de portrait du monde en classe.
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Pourquoi aucune carte plate n’est fidèle : le vrai fond du débat #
Le point que ratent beaucoup de commentaires : il n’existe pas de « bonne » projection, seulement des compromis. Une sphère n’est pas développable sur un plan — conséquence d’un résultat mathématique établi par Gauss au XIXᵉ siècle. Comme le résume le géographe James Cheshire auprès de la BBC, on peut préserver les surfaces, ou les formes, ou les distances et directions — jamais tout à la fois, sinon il faudrait revenir au globe. Equal Earth et Eckert IV respectent les superficies mais étirent légèrement les formes ; Mercator respecte les angles mais explose les surfaces polaires.
Le débat n’est pas neuf. En 1973, l’historien allemand Arno Peters relançait la controverse avec la carte dite de Gall-Peters (d’après les travaux de James Gall, 1855), équivalente elle aussi mais critiquée pour ses continents fortement étirés, au prix des formes réelles. La projection Robinson (1963), compromis esthétique adopté un temps par de grands atlas, a d’ailleurs inspiré Equal Earth. La nouveauté de 2026, c’est qu’une majorité écrasante d’États membres de l’ONU acte, pour la première fois par un vote, que le choix d’une carte est un choix politique.
| Projection | Année | Ce qu’elle préserve | Usage type |
|---|---|---|---|
| Mercator | 1569 | Les angles (caps de navigation) | Navigation, cartes en ligne au zoom local |
| Gall-Peters | 1855 / 1973 | Les surfaces (formes très étirées) | Militantisme cartographique, ONG |
| Robinson | 1963 | Compromis (ni angles ni surfaces exacts) | Atlas généralistes |
| Eckert IV | 1906 | Les surfaces | Cartes thématiques, désormais le Quai d’Orsay |
| Equal Earth | 2018 | Les surfaces (formes plus naturelles) | Recommandée par la résolution de l’ONU |
Questions fréquentes #
La résolution de l’ONU oblige-t-elle les pays à changer de carte ?
Non. Le texte adopté le 4 septembre 2026 n’est pas juridiquement contraignant : il encourage États, écoles, organisations internationales et entreprises technologiques à privilégier des projections équivalentes comme Equal Earth lorsque la comparaison des tailles compte, sans interdire Mercator.
Google Maps et mon GPS vont-ils changer ?
Pas à court terme. Le positionnement GPS est indépendant de la projection d’affichage, et les cartes en ligne reposent toujours sur une variante de Mercator (Web Mercator), très efficace aux niveaux de zoom urbains où la distorsion des surfaces est imperceptible.
Quelle différence entre Eckert IV et Equal Earth ?
Les deux sont des projections équivalentes : elles respectent les superficies réelles des continents. Eckert IV date de 1906, Equal Earth de 2018 ; leurs rendus sont très proches et ne diffèrent que par le dessin des masses continentales. La France a retenu Eckert IV, l’ONU recommande Equal Earth.
L’ONU (164 voix pour, 1 contre, 6 abstentions) et la France ont acté le même jour, le 4 septembre 2026, la sortie progressive de la projection de Mercator au profit de projections fidèles aux surfaces — Equal Earth pour la résolution « Correct the Map », Eckert IV pour le Quai d’Orsay. Rien d’obligatoire, rien de changé pour le GPS ou les cartes en ligne : c’est le portrait symbolique du monde — celui des écoles, des ministères et des médias — qui se rééquilibre, en redonnant à l’Afrique sa taille réelle, quatorze fois celle du Groenland.