Le moral des Français vient de toucher un point bas qu’il n’avait plus atteint depuis plus de treize ans. Selon l’enquête mensuelle de conjoncture auprès des ménages publiée par l’Insee le 27 octobre, l’indicateur qui synthétise la confiance des ménages tombe à 80 en octobre 2026. Il perd cinq points en un mois et atteint son niveau le plus bas depuis juin 2013.
Pour mesurer l’écart, l’indicateur est construit de façon à valoir 100 en moyenne sur la période 1987-2025. À 80, il se situe deux écarts-types sous cette moyenne. En juillet, août et septembre, il oscillait entre 85 et 86 : la chute d’octobre est donc nette, pas une simple dérive.
Plan de l'article
Que mesure exactement cet indicateur ? #
L’Insee interroge chaque mois un échantillon de ménages sur leur situation financière, leur capacité d’épargne, le niveau de vie en France, le chômage et les prix. Les réponses sont traduites en « soldes d’opinion » : la part de ceux qui voient une amélioration moins la part de ceux qui voient une dégradation. L’indicateur synthétique résume une partie de ces soldes en un seul chiffre.
Ce n’est pas une mesure du pouvoir d’achat réel, mais de la perception qu’en ont les ménages. Elle compte pourtant : un moral en berne pèse souvent sur les décisions de consommation et d’épargne.
Situation personnelle : le net recul des perspectives #
Le décrochage le plus marqué concerne l’avenir. Le solde d’opinion sur la situation financière personnelle dans les douze prochains mois passe de -15 en septembre à -24 en octobre, soit neuf points de moins, loin de sa moyenne de long terme (-7).
Le jugement sur la situation financière passée se dégrade aussi : -32, contre -26 un mois plus tôt. Et le solde sur l’opportunité de faire des achats importants recule à -41, contre -37.
L’épargne reste élevée, mais l’envie d’épargner baisse #
Le climat de l’épargne, autre indicateur synthétique de l’enquête, diminue de deux points à 118. Il reste nettement au-dessus de sa moyenne de long terme (100), ce qui signifie que les ménages continuent de juger l’épargne plus pertinente que d’habitude.
Dans le détail, la capacité d’épargne actuelle est stable (17), tandis que la capacité d’épargne future recule de 15 à 12. Le solde sur l’opportunité d’épargner baisse de 43 à 37. Autrement dit, les ménages jugent toujours prudent de mettre de côté, mais s’estiment un peu moins en mesure de le faire.
Niveau de vie en France : un record historique #
Les ménages sont encore plus sombres lorsqu’ils parlent du pays que d’eux-mêmes. Le solde sur le niveau de vie futur en France perd six points, à -67. Celui sur le niveau de vie passé en perd trois, à -85.
Ce dernier chiffre est le plus bas jamais mesuré depuis le début de l’enquête, en octobre 1972, précise l’Insee. La moyenne de long terme de ce solde est de -49.
Chômage et prix : les deux inquiétudes qui montent #
Les craintes sur le chômage repartent à la hausse. Le solde correspondant gagne cinq points, à 61, contre 56 en septembre et une moyenne de long terme de 33. Il retrouve un niveau comparable à celui de juin 2026 (60).
Côté prix, la part des ménages estimant que les prix ont fortement augmenté sur les douze derniers mois progresse de nouveau nettement : le solde gagne huit points, à 42, après six points de hausse en septembre. Le solde sur l’inflation à venir progresse de deux points, à -7, au-dessus de sa moyenne de long terme (-32).
Ce ressenti coïncide avec une poussée des prix de l’énergie à la source. Dans une autre publication du 27 octobre, l’Insee indique qu’en septembre, le prix du pétrole en euros a augmenté de 16,5 % sur un mois, et celui du gaz de 21,2 %.
Comment lire ce chiffre ? #
Un indicateur de confiance à 80 ne signifie pas que la consommation va mécaniquement s’effondrer. Il traduit un pessimisme largement partagé, alimenté à la fois par la perception des prix, les craintes sur l’emploi et un jugement très dégradé sur le niveau de vie collectif.
Il faudra attendre les prochaines enquêtes mensuelles de l’Insee pour savoir si octobre marque un creux ponctuel ou le début d’une dégradation durable.

