Combien coûtent à l’État les traitements de texte, tableurs, messageries et outils de visioconférence de ses agents ? Personne ne le savait vraiment. La Cour des comptes a reconstitué le chiffre dans un rapport sur les outils bureautiques et collaboratifs au sein de l’État, mis en ligne le 22 octobre 2026. Le constat est double. La facture reste modeste à l’échelle du budget numérique, mais la dépendance à Microsoft est forte. La Cour plaide donc pour une bascule progressive vers les logiciels libres.
Plan de l'article
Un état des lieux sur 860 000 postes de travail #
L’enquête fait suite à une campagne de participation citoyenne menée en septembre 2024. Elle porte sur les administrations centrales et les services déconcentrés des ministères, soit environ 860 000 postes de travail. Les opérateurs de l’État, la Sécurité sociale, les hôpitaux et les collectivités territoriales ne sont pas concernés.
Ce parc est très concentré. D’après l’analyse détaillée du rapport publiée par Next, quatre ministères en regroupent près de 90 % : l’Intérieur (34 %), les Armées (23 %), l’Économie et les Finances (18 %) et la Justice (11 %).
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Microsoft Office reste le standard #
Les ministères ont longtemps été libres de choisir leurs outils. Résultat, selon la Cour : un paysage très hétérogène, où la suite Microsoft Office « demeure le standard prédominant ». Deux grandes administrations font exception, car elles utilisent massivement des logiciels libres : la direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN) et la direction générale des finances publiques (DGFiP).
L’État a pourtant durci ses règles au fil des ans. La Cour rappelle trois étapes : l’interdiction en 2021 du recours à Microsoft 365, l’encadrement à partir de 2023 des outils de visioconférence et des messageries instantanées, puis le contrôle des achats numériques en 2025 et 2026. Mais la réalité du terrain « demeure fragmentée ». Certaines administrations bénéficient d’ailleurs d’une dérogation temporaire pour utiliser Microsoft 365.
Un point ressort tout de même : les agents se disent plutôt satisfaits de leurs outils, qu’ils soient propriétaires ou libres.
Ce que coûtent ces outils, en chiffres #
Selon la Cour, les dépenses consacrées à ces outils ont atteint 100 millions d’euros en 2025. C’est en forte hausse depuis 2021, mais cela représente moins de 2 % du budget informatique de l’État. Plus de la moitié de ces budgets sert à acheter des licences et des prestations auprès de Microsoft.
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Le rapport, tel que le détaille Next, apporte plusieurs précisions :
- la facture a progressé de 50 % depuis 2021, contre 16 % pour les dépenses de fonctionnement de l’État ;
- le coût moyen est de 87 euros par poste et par an, avec un écart allant de 20 euros à l’Intérieur à 378 euros à la Culture, l’un des ministères qui bénéficient d’une dérogation pour Microsoft 365 ;
- 61 millions d’euros sont allés aux licences en 2025, dont les quatre cinquièmes à Microsoft, sans compter Windows ;
- 26 millions d’euros ont financé des prestations et 13 millions la masse salariale de maintenance et de support.
La Cour souligne que ces 100 millions ont dû être reconstitués. Dans plusieurs ministères, le suivi des dépenses comme celui du parc informatique est jugé lacunaire, ce qui complique le pilotage.
La Suite de la DINUM : utile, mais à mieux piloter #
Depuis 2023, la direction interministérielle du numérique (DINUM) développe La Suite, un ensemble d’outils collaboratifs souverains construits sur des logiciels libres. La Cour reconnaît son utilité, puisque certains de ses outils sont désormais obligatoires. Next relève que la messagerie Tchap comptait 368 000 utilisateurs actifs fin 2025, et ProConnect 930 000 connexions par mois.
Le rapport pointe aussi ses limites. La Suite n’offre ni tableur, ni outil de présentation, ni agenda, et elle ne fonctionne qu’en ligne : elle ne peut donc pas remplacer une suite bureautique. La Cour critique aussi le suivi des prestations réalisées par des freelances, qui aurait dû être « plus rigoureux ». D’après Next, La Suite a coûté environ 40 millions d’euros depuis 2021.
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Le libre comme levier d’économies et de souveraineté #
La conclusion de la Cour est nette. Pour des raisons de souveraineté et d’indépendance vis-à-vis des éditeurs, il faudrait qu’une solution bureautique libre en mode cloud, hébergée par l’État ou qualifiée SecNumCloud, devienne à terme la norme dans les administrations. L’État éviterait ainsi une dépense « pouvant aller jusqu’à 130 M€ par an » avec une solution propriétaire. Next rapporte que la Cour chiffre aussi entre 30 et 65 millions d’euros les économies d’un usage plus systématique de logiciels libres installés sur site.
La plupart des ministères souhaitent pourtant garder Office, et certains envisagent de migrer vers Bleu, l’offre cloud qui doit héberger les logiciels Microsoft sous qualification SecNumCloud. La Cour estime qu’il vaudrait mieux préparer une alternative libre.
Quatre recommandations pour 2027 #
La Cour formule quatre recommandations, à engager dès 2027 :
- associer davantage les ministères à la feuille de route et à la gouvernance de La Suite ;
- intégrer les outils bureautiques et collaboratifs dans la gouvernance interministérielle pilotée par la DINUM ;
- faire évoluer le modèle de développement de La Suite pour s’appuyer davantage sur des entreprises expertes du logiciel libre ;
- engager la convergence vers des outils en mode cloud, avec un plan de migration sur trois à quatre ans au maximum.
Selon Next, le Premier ministre a accueilli ces recommandations « favorablement » dans sa réponse jointe au rapport.
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Questions fréquentes #
Combien l’État dépense-t-il pour ses outils bureautiques ?
Environ 100 millions d’euros en 2025 selon la Cour des comptes, soit moins de 2 % du budget informatique de l’État.
Microsoft 365 est-il autorisé dans les ministères ?
Son recours est interdit depuis 2021, mais certaines administrations disposent d’une dérogation temporaire.
Quelles administrations utilisent déjà des logiciels libres ?
La Cour cite la direction générale de la gendarmerie nationale et la direction générale des finances publiques.
Qu’est-ce que La Suite ?
Un ensemble d’outils collaboratifs souverains développé depuis 2023 par la DINUM, qui comprend notamment la messagerie Tchap.




