Le 15 août 2026 marque cinq ans jour pour jour depuis la prise de Kaboul par les talibans. Les organisations internationales publient à cette occasion des bilans chiffrés : 638 décès maternels pour 100 000 naissances, 7 % de participation des femmes au marché du travail, plus de 100 décrets restrictifs adoptés depuis 2021. Cet article rassemble, sans commentaire, les données publiées en août 2026 par l’ONU, ONU Femmes, l’UNESCO et Human Rights Watch, avec leur date et leur source.
- ▸Cinq ans après le 15 août 2021, l’Afghanistan reste le seul pays au monde à interdire l’accès des filles à l’enseignement secondaire, selon l’ONU.
- ▸Plus de 100 décrets restreignant les droits des femmes ont été adoptés depuis 2021, dont deux nouveaux en 2026 (n° 12 et n° 18).
- ▸Coût économique documenté : 920 millions de dollars de pertes cumulées entre 2024 et 2026, soit 5,8 % du PIB.
- ▸Sur le plan humanitaire, l’ONU estime que la moitié de la population a besoin d’aide alimentaire ou médicale, et recense plus de 3,7 millions d’enfants en malnutrition aiguë.
Plan de l'article
La date : pourquoi le 15 août #
Le 15 août 2021, les talibans entrent dans Kaboul et reprennent le pouvoir, vingt ans après en avoir été chassés. La date est depuis un jour férié en Afghanistan, célébré par les autorités comme jour de la victoire.
Le 15 août 2026 constitue donc le cinquième anniversaire de cette bascule. C’est le point de repère qu’ont retenu les agences onusiennes et les ONG pour publier, entre le 3 et le 14 août 2026, une série de bilans chiffrés.
« L’exclusion sociale et économique des femmes devrait entraîner des pertes cumulées de 920 millions de dollars pour l’économie afghane, soit 5,8 % du PIB, entre 2024 et 2026. »— ONU Info, 12 août 2026
Mobilité et vie quotidienne : ce que dit l’enquête d’ONU Femmes #
Les données ci-dessous proviennent d’une enquête relayée par ONU Info le 12 août 2026. Elles portent sur les femmes interrogées et non sur l’ensemble de la population.
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- ✓50 % des femmes interrogées déclarent ne sortir de chez elles qu’une à deux fois par mois
- ✓75 % disent ne pas se sentir en sécurité sans mahram, le tuteur masculin exigé pour les déplacements
- ✓Plus de 50 % évitent les lieux publics, y compris les marchés et les établissements de santé
- ✓70 % qualifient leur santé mentale de « mauvaise » ou « très mauvaise »
Éducation, travail, santé : les indicateurs de long terme #
Sur l’éducation, l’ONU rappelle que l’Afghanistan est le seul État à interdire systématiquement l’enseignement secondaire aux filles. L’UNESCO chiffre par ailleurs à 70 000 le nombre de personnes ayant bénéficié de ses programmes d’alphabétisation, dont 73 % de femmes.
Sur l’emploi, l’écart est le plus large mesuré à l’échelle mondiale : 7 % de participation des femmes au marché du travail, contre 84 % pour les hommes.
Sur la santé, deux chiffres structurent le débat. La mortalité maternelle atteint 638 décès pour 100 000 naissances vivantes en 2024. Et l’ONU projette la perte de 25 000 enseignantes et professionnelles de santé d’ici 2030 si les restrictions actuelles se maintiennent — une projection, pas un constat, et elle doit être lue comme telle.
Le détail juridique que les bilans généralistes omettent #
Le compte des « plus de 100 décrets » adoptés depuis 2021 est régulièrement cité, mais rarement détaillé. En 2026, deux textes s’y sont ajoutés, identifiés par leur numéro : le décret n° 12, relatif à l’accès à la justice, et le décret n° 18, relatif au mariage des enfants.
Human Rights Watch, dans son bilan publié le 3 août 2026, décrit une offensive qui « s’intensifie » plutôt qu’un régime stabilisé — c’est-à-dire une production normative toujours active cinq ans après la prise de pouvoir, et non un cadre figé en 2021.
L’effet de la baisse des financements internationaux #
Après la suspension d’une large part de l’aide étrangère, l’ONU estime que la moitié de la population afghane a besoin d’une aide alimentaire ou médicale, et recense plus de 3,7 millions d’enfants en malnutrition aiguë.
L’effet est également mesuré sur le tissu associatif local : 75 % des organisations dirigées par des femmes ont subi une réduction de financement en 2025, et plus de la moitié anticipent une fermeture dans l’année.
Côté diplomatique, des responsables de l’Union européenne ont rencontré une délégation talibane à Bruxelles en juin 2026, sur le dossier des retours depuis les pays de l’UE. Aucun État membre n’a reconnu le gouvernement taliban à ce jour.
À lire aussi, dans la même série : Corée du Nord, les chiffres de l’exercice Ulchi Freedom Shield 2026.
Comment lire ces chiffres #
Trois précautions de méthode, valables pour tous les indicateurs cités ici. D’abord, les données d’enquête portent sur des échantillons de femmes interrogées, pas sur la population totale. Ensuite, plusieurs chiffres sont des projections (les 25 000 professionnelles à l’horizon 2030) et non des mesures.
Enfin, la collecte statistique en Afghanistan est elle-même contrainte depuis 2021 : les agences internationales le signalent dans leurs publications. Les ordres de grandeur sont convergents d’une source à l’autre, les décimales le sont moins.
Nos sources #
Toutes les données ci-dessus proviennent de publications datées d’août 2026, consultées le 15 août 2026.
À lire Fin de la trêve de trois jours : les frappes russes reprennent sur Kyiv, le point en chiffres
- ✓ONU Info — « Cinq ans de pouvoir taliban : les Afghanes toujours plus enfermées » (12 août 2026)
- ✓Human Rights Watch — « Cinq ans après, l’offensive des talibans contre les droits s’intensifie » (3 août 2026)
- ✓Human Rights Watch — dossier « Cinq ans sous le régime des talibans »
- ✓Le Courrier — « Cinq ans sous le régime des talibans » (14 août 2026)





