Die Linke, le parti de la gauche radicale allemande, a remporté l’élection régionale de Berlin du dimanche 20 septembre 2026 avec 25,7 % des voix, loin devant la CDU du chancelier Friedrich Merz (18,8 %) et l’AfD (16,3 %) ; le même jour, dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, l’extrême droite de l’AfD est arrivée en tête avec 38,2 %, tandis que la CDU y est éliminée du Parlement régional pour la première fois depuis 1946. Sa cheffe de file, Elif Eralp, 45 ans, peut devenir la première maire de Berlin issue de Die Linke si elle parvient à s’entendre avec le SPD et les Verts — et son prix d’entrée est connu : le transfert dans le giron public de plus de 200 000 logements détenus par les grands groupes immobiliers.
En bref
- Berlin : Die Linke 25,7 % (+13,5 points), CDU 18,8 % (−9,4), AfD 16,3 % (+7,2), Verts 14,3 %, SPD 12,1 %. Participation : 74,2 %, soit 11 points de plus qu’en 2023.
- Mecklembourg-Poméranie-Occidentale : AfD 38,2 %, SPD 35,5 %, Die Linke 6,5 %, Verts 5,7 %, CDU 4,9 % — sous le seuil des 5 %, donc hors du Landtag.
- Ce qui suit : à Berlin, une coalition Die Linke – SPD – Verts est la seule à disposer d’une majorité (95 sièges sur 158) ; à Schwerin, un attelage SPD – Die Linke – Verts n’aurait que 39 sièges sur 71.
- Le point dur : l’expropriation des grands bailleurs, votée par référendum en 2021 à 59 %, que le SPD berlinois refuse toujours.
Berlin : une première depuis la réunification #
Depuis 1990, chaque élection berlinoise avait placé en tête soit le SPD, soit la CDU. C’est fini. Selon les résultats officiels publiés par l’administration électorale de Berlin, Die Linke a plus que doublé son score de 2023 (12,2 % à l’époque) et prend 47 sièges à la Chambre des députés (Abgeordnetenhaus), contre 34 pour la CDU, 29 pour l’AfD, 26 pour les Verts et 22 pour le SPD. Le BSW de Sahra Wagenknecht (4,7 %) et les libéraux du FDP (2,5 %) restent à la porte.
La participation a bondi à 74,2 % sur près de 2,49 millions d’inscrits, soit plus de 11 points de mieux qu’en 2023. Pour les connaisseurs de la vie politique allemande, le résultat est doublement historique : c’est seulement la deuxième fois que Die Linke termine première dans un Land, après la Thuringe de Bodo Ramelow en 2019 — et la première fois dans la capitale.
Le maire sortant, le conservateur Kai Wegner, gouvernait depuis avril 2023 avec le SPD. Cette « grande coalition » est arithmétiquement morte : ses deux partis totalisent 56 sièges, très loin des 80 nécessaires. La CDU fédérale s’interdisant par résolution toute alliance avec Die Linke, la seule majorité possible est « rouge-rouge-verte » — Die Linke, SPD et Verts, 95 sièges à eux trois.
| Parti (Berlin) | Score 2026 | Évolution vs 2023 | Sièges (sur 158) |
|---|---|---|---|
| Die Linke | 25,7 % | +13,5 pts | 47 |
| CDU | 18,8 % | −9,4 pts | 34 |
| AfD | 16,3 % | +7,2 pts | 29 |
| Verts | 14,3 % | −4,1 pts | 26 |
| SPD | 12,1 % | −6,3 pts | 22 |
| BSW | 4,7 % | nouveau | 0 |
Résultats officiels de l’administration électorale de Berlin (berlin.de/wahlen), repris par Wikipédia et Le Grand Continent. Participation : 74,2 %.
Qui est Elif Eralp, la juriste qui veut exproprier les grands bailleurs #
Née à Munich, Elif Eralp a 45 ans. Ses parents, syndicalistes turcs, ont fui la dictature militaire en 1980 — France 24 précise qu’elle est arrivée en Allemagne « dans le ventre de sa mère ». Juriste de formation, elle a orienté sa carrière vers la défense des droits humains, en particulier ceux des migrants, avant de rejoindre Die Linke. Députée régionale depuis 2021, elle a mené toute sa campagne sur un seul thème : le logement, dans une ville où la pénurie et la flambée des loyers sont devenues le premier sujet de conversation.
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Son programme, résumé par France 24 : construire des logements abordables, faire baisser d’autorité les loyers supérieurs de 20 % ou plus à la moyenne locale, encadrer les locations touristiques — et surtout engager la « socialisation » (Vergesellschaftung) des grands groupes immobiliers, c’est-à-dire leur expropriation contre indemnité. Elle en a fait une ligne rouge pour toute participation à un gouvernement. Dimanche soir, elle a présenté sa victoire comme « la réponse à la Saxe-Anhalt », le Land où l’AfD l’avait emporté deux semaines plus tôt (notre décryptage des résultats de Saxe-Anhalt).
« Dans notre ville, l’amour et la justice ont triomphé de la haine. »
— Elif Eralp, cheffe de file de Die Linke, soirée électorale du 20 septembre 2026 (propos rapportés en anglais par Al Jazeera, traduits par nos soins)
L’expropriation des logements : d’où vient cette idée, et combien ça coûterait #
Ce n’est pas une lubie de campagne. Le 26 septembre 2021, les Berlinois ont approuvé par référendum, à 59,1 % des voix (1 035 950 « oui » contre 715 698 « non », participation 73,5 %), l’initiative citoyenne « Deutsche Wohnen & Co enteignen » : transférer à la collectivité les logements de toute société détenant plus de 3 000 appartements dans la ville. Douze groupes étaient visés, Deutsche Wohnen et Vonovia en tête. Le nombre de logements concernés varie selon les estimations, entre 220 000 et 270 000.
Le vote n’était pas contraignant. Le Sénat de Berlin a nommé une commission d’experts, qui a conclu en juin 2023 qu’une telle socialisation était possible au regard de l’article 15 de la Loi fondamentale allemande. La coalition CDU-SPD sortante a fini par adopter, le 12 mars 2026, une loi-cadre sur la socialisation… sans l’appliquer au logement. Le coût de l’indemnisation est l’autre nœud : les estimations publiques vont de 7 à 36 milliards d’euros selon que l’on indemnise en dessous ou au prix du marché.
C’est précisément sur ce point que le futur partenaire coince. Le candidat du SPD, Steffen Krach, a jugé pendant la campagne que l’expropriation n’était « pas la bonne voie », en évoquant des procédures interminables et une dépense de 20 à 30 milliards d’euros. Les Verts, eux, y sont favorables. Les négociations de coalition qui s’ouvrent se joueront donc sur cette question, et le SPD, tombé à 12,1 %, n’aborde pas la discussion en position de force : d’après l’institut Infratest cité par France 24, il a perdu 36 000 électeurs berlinois au profit de Die Linke.
Dans le Nord-Est, l’AfD à 38 % mais sans majorité #
Le même dimanche, 1,3 million d’électeurs votaient dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, le Land de Schwerin, sur la Baltique. L’AfD y a obtenu 38,2 %, soit un doublement de son score de 2021 (+21,5 points), devant le SPD de la ministre-présidente sortante Manuela Schwesig (35,5 %). Die Linke recueille 6,5 %, les Verts 5,7 %. La CDU s’effondre à 4,9 % : sous la barre des 5 %, elle disparaît du Landtag, une première depuis 1946, et signe, selon France 24, sa pire élection régionale depuis 1949. La participation atteint 78,1 %.
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Malgré sa première place, l’AfD ne gouvernera pas : les trois autres partis représentés excluent toute coalition avec elle, ce que les Allemands appellent le « cordon sanitaire » (Brandmauer). Avec 32 sièges sur 71, il lui en manque 4 pour la majorité. Reste à Manuela Schwesig une coalition à trois, SPD – Die Linke – Verts, à 39 sièges — une majorité de trois voix. Là aussi, les électeurs ont voté avec les pieds : d’après France 24, Die Linke a récupéré 28 000 anciens électeurs de la CDU et 45 000 du SPD dans ce Land.
| Parti (Mecklembourg-Poméranie-Occidentale) | Score 2026 | Sièges (sur 71) |
|---|---|---|
| AfD | 38,2 % | 32 |
| SPD | 35,5 % | 29 |
| Die Linke | 6,5 % | 5 |
| Verts | 5,7 % | 5 |
| CDU | 4,9 % | 0 (éliminée) |
| BSW | 4,8 % | 0 |
Merz reconnaît « un désastre » : ce que ça change vu de France #
Le chancelier, en poste depuis seize mois, a lui-même parlé d’un « désastre » au sujet du Mecklembourg. Sa cote de popularité est, d’après France 24, la plus basse jamais mesurée pour un chancelier, et l’AfD mène désormais les sondages nationaux à 29 %, deux semaines après sa victoire en Saxe-Anhalt. Friedrich Merz a pourtant exclu tout changement de cap.
« L’Allemagne est réformable, et ces réformes sont le remède contre le poison autoritaire. »
— Friedrich Merz, chancelier fédéral, 20 septembre 2026 (cité par Le Grand Continent)
Pour un lecteur français, trois conséquences concrètes se dessinent. D’abord le logement : Berlin devient le laboratoire européen de l’expropriation des grands bailleurs, un débat qui dépasse de loin l’encadrement des loyers que connaissent Paris, Lyon ou Bordeaux ; si Die Linke obtient gain de cause, chaque capitale confrontée à la même pénurie regardera le résultat. Ensuite l’énergie : France 24 relève que la hausse des prix des carburants et les suppressions d’emplois ont pesé sur le vote, l’AfD ayant fait campagne sur la remise en service du gazoduc russe Nord Stream — un débat qui résonne avec le gazole à prix record en France. Enfin le couple franco-allemand : un chancelier affaibli chez lui, contesté par son propre camp après deux revers en deux semaines, pèse moins à Bruxelles au moment où se négocient budget européen, défense et politique commerciale.
Non. Die Linke est arrivé en tête, mais avec 47 sièges sur 158 il lui faut une coalition. Le seul attelage majoritaire réunit Die Linke, le SPD et les Verts (95 sièges). Tant qu’un nouveau Sénat n’est pas élu par la Chambre des députés, le maire sortant Kai Wegner (CDU) expédie les affaires courantes.
Seuls les groupes détenant plus de 3 000 logements sont visés, pas les particuliers. Le référendum de 2021 (59,1 % de oui) n’était pas contraignant, et le SPD, partenaire indispensable, s’y oppose en invoquant un coût de 20 à 30 milliards d’euros. Une loi-cadre sur la socialisation existe depuis le 12 mars 2026, mais elle n’a pas encore été appliquée au logement. Parce que 38,2 % donnent 32 sièges sur 71, soit 4 de moins que la majorité absolue, et que le SPD, Die Linke et les Verts refusent toute alliance avec l’extrême droite. Une coalition à trois autour de Manuela Schwesig disposerait de 39 sièges.
Elif Eralp est-elle déjà maire de Berlin ?
Berlin va-t-il vraiment exproprier les propriétaires ?
Pourquoi l’AfD ne gouverne-t-elle pas le Mecklembourg avec 38 % des voix ?
À retenir
- Berlin, 20 septembre 2026 : Die Linke 25,7 %, première fois depuis 1990 qu’un parti autre que le SPD ou la CDU arrive en tête ; participation 74,2 %.
- Elif Eralp, 45 ans, juriste née à Munich de parents turcs, pose l’expropriation des grands bailleurs (référendum 2021 à 59,1 %) comme condition d’entrée au gouvernement ; le SPD s’y oppose.
- Mecklembourg-Poméranie-Occidentale : AfD 38,2 %, sans majorité ; CDU à 4,9 %, éliminée du Landtag pour la première fois depuis 1946.
- Friedrich Merz parle d’un « désastre » mais maintient ses réformes ; l’AfD est à 29 % dans les sondages nationaux.
Sources : résultats officiels de Berlin (berlin.de/wahlen, via Wikipédia) · résultats du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale · France 24 (portrait d’Elif Eralp, 20 septembre 2026) · France 24, « Five takeaways » (21 septembre 2026) · Le Grand Continent · Al Jazeera · référendum « Deutsche Wohnen & Co enteignen » (2021).
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Plan de l'article
- Berlin : une première depuis la réunification
- Qui est Elif Eralp, la juriste qui veut exproprier les grands bailleurs
- L’expropriation des logements : d’où vient cette idée, et combien ça coûterait
- Dans le Nord-Est, l’AfD à 38 % mais sans majorité
- Merz reconnaît « un désastre » : ce que ça change vu de France