Climat : 86% de risque qu’un record de chaleur tombe d’ici 2030, selon l’OMM

C’est l’un des chiffres les plus marquants du dernier bulletin de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), agence climatique des Nations unies. Selon son Global Annual to Decadal Climate Update, publié fin mai 2026 et produit par le Met Office britannique, il existe une probabilité de 86% qu’au moins une année entre 2026 et 2030 dépasse 2024 — l’année actuellement la plus chaude jamais mesurée — pour devenir le nouveau record absolu depuis le début des relevés instrumentaux.

Ce n’est pas une prédiction isolée, mais une probabilité statistique calculée à partir de modèles climatiques multiples. Et elle s’accompagne d’un second chiffre tout aussi parlant : 91% de chances qu’au moins une de ces cinq années dépasse temporairement le seuil symbolique de +1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle. Décryptage data, sans alarmisme ni minimisation.

86 %
d’un record d’ici 2030
91 %
de dépasser +1,5°C une année
1,55°C
le record 2024 (vs préindustriel)
Source : OMM, Global Annual to Decadal Climate Update (mai 2026).

Avant d’entrer dans le détail, voici le tableau de bord des probabilités et valeurs publiées par l’OMM, qui structurent toute l’analyse qui suit.

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Indicateur Probabilité / Valeur Période Source
Une année dépasse le record 202486 %2026-2030OMM
Une année dépasse temporairement +1,5°C91 %2026-2030OMM
Moyenne 5 ans dépasse +1,5°C75 %2026-2030OMM
Fourchette de réchauffement annuel+1,3 à +1,9°C2026-2030OMM
Record actuel (anomalie 2024)+1,55°C2024OMM
Anomalies exprimées par rapport à la moyenne préindustrielle 1850-1900.

Ce que dit l’OMM #

Chaque année, l’Organisation météorologique mondiale publie une projection climatique glissante sur cinq ans, le Global Annual to Decadal Climate Update. Ce bulletin n’est pas une simple météo à long terme : il agrège les sorties de plusieurs centres climatiques internationaux et de dizaines de modèles, sous la coordination du Met Office, le service météorologique britannique désigné centre de référence par l’OMM.

L’édition couvrant 2026-2030 livre un verdict net. La température moyenne mondiale annuelle à la surface devrait s’établir dans une fourchette de +1,3°C à +1,9°C au-dessus de la moyenne préindustrielle (référence 1850-1900). Le scénario central maintient donc la planète sur le plateau de chaleur extrême atteint ces deux dernières années, sans signe de redescente.

Le point de comparaison est l’année 2024, dont l’anomalie a atteint environ +1,55°C selon les relevés de l’OMM, ce qui en a fait l’année la plus chaude jamais documentée. C’est ce sommet que les cinq prochaines années ont 86% de probabilité de dépasser, au moins une fois.

Le seuil de 1,5°C #

Le chiffre de +1,5°C n’est pas choisi au hasard : c’est l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris de 2015, qui vise à contenir le réchauffement « bien en dessous de 2°C » et à poursuivre les efforts pour le limiter à 1,5°C. D’où l’attention portée à la probabilité de 91% de franchir ce cap, ne serait-ce qu’une année.

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L’OMM insiste sur cette nuance. Le seuil de 91% concerne un franchissement temporaire ; le franchissement « durable » de l’objectif de Paris se juge sur la tendance pluri-décennale. C’est pourquoi le bulletin distingue trois métriques qu’il ne faut pas confondre.

91

Dépassement annuel

91% de chances qu’au moins une année de 2026-2030 franchisse temporairement +1,5°C. Le scénario le plus probable.
75

Moyenne sur 5 ans

75% de chances que la moyenne 2026-2030 entière dépasse +1,5°C. Métrique plus structurelle, plus inquiétante.
86

Nouveau record

86% de chances qu’une année dépasse 2024. Le record actuel ne tiendrait alors pas la décennie.

La progression d’une édition à l’autre est significative. Le bulletin précédent (période 2025-2029) estimait à 70% la probabilité que la moyenne sur cinq ans franchisse +1,5°C. La nouvelle édition relève cette probabilité à 75% — un glissement modeste, mais qui va toujours dans le même sens.

Pourquoi ces records #

Deux moteurs se superposent. Le premier est de fond : l’accumulation continue de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, principalement le CO₂ issu des énergies fossiles, qui pousse la tendance de réchauffement à la hausse année après année. C’est le signal de long terme, celui qui ne s’inverse pas spontanément.

Le second est cyclique : les phénomènes El Niño et La Niña, oscillations naturelles de la température du Pacifique tropical, qui modulent la chaleur mondiale d’une année sur l’autre. L’OMM relève une tendance vers des conditions El Niño sur la période, particulièrement marquée en 2027 et 2028 — ce qui augmente mécaniquement la probabilité qu’une de ces années batte le record.

«
Le réchauffement de fond fixe le niveau du plateau ; El Niño décide quelle année, sur ce plateau, deviendra le prochain record.
— Lecture des données OMM

L’OMM précise un autre point géographique : les anomalies de température dans l’Arctique devraient rester nettement supérieures à la moyenne mondiale. Cette amplification arctique, où le réchauffement progresse plusieurs fois plus vite qu’ailleurs, est un marqueur récurrent des projections climatiques et pèse sur la fonte des glaces et l’élévation du niveau des mers.

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Ce que ça implique #

Pour la France comme pour le reste du monde, un plateau de température à +1,5°C ou au-delà ne se résume pas à un thermomètre qui grimpe. Il se traduit concrètement par une fréquence et une intensité accrues des vagues de chaleur, des sécheresses estivales, des épisodes de précipitations extrêmes et des tensions sur les ressources en eau et l’agriculture.

Le message de l’OMM n’est toutefois pas un message de fatalité. L’agence rappelle que ces projections décrivent une trajectoire conditionnée par les émissions : ralentir l’accumulation de gaz à effet de serre reste le levier qui détermine si la planète stabilise ce plateau ou continue de le franchir. Les probabilités élevées de 2026-2030 reflètent l’inertie du système climatique, pas une porte définitivement close.

Ce que le chiffre dit

  • Le plateau de chaleur record se prolonge sur 5 ans
  • Un franchissement temporaire de +1,5°C est quasi certain
  • El Niño accentue le risque sur 2027-2028

Ce qu’il ne dit pas

  • Que l’Accord de Paris est déjà échoué (mesure de long terme)
  • Que le record est garanti chaque année
  • Que la trajectoire est irréversible quoi qu’on fasse

En clair, le bulletin 2026-2030 confirme une tendance plutôt qu’il ne crée une surprise : la planète reste installée sur un palier de chaleur historiquement élevé, et la probabilité que ce palier produise de nouveaux records sur les cinq prochaines années est, statistiquement, la règle plutôt que l’exception.

Questions fréquentes #

Que signifie exactement « 86% de probabilité » ? +
C’est une probabilité statistique issue d’un large ensemble de simulations climatiques. Sur l’ensemble des scénarios modélisés par l’OMM et le Met Office, environ 86% aboutissent à au moins une année 2026-2030 plus chaude que le record de 2024. Ce n’est ni une certitude (qui serait 100%), ni une simple hypothèse.
Franchir +1,5°C une année signifie-t-il que l’Accord de Paris a échoué ? +
Non. L’OMM distingue un dépassement temporaire sur une seule année — très probable (91%) — d’un franchissement durable mesuré sur une moyenne de plusieurs décennies. L’objectif de Paris se juge sur la tendance de long terme, pas sur un pic annuel isolé.
Quelle est l’année record actuelle et de combien ? +
C’est 2024, avec une anomalie d’environ +1,55°C par rapport à la moyenne préindustrielle 1850-1900, selon les relevés de l’OMM. C’est ce niveau que les années 2026-2030 ont 86% de chances de dépasser au moins une fois.
Pourquoi 2027 et 2028 sont-elles particulièrement à risque ? +
L’OMM note une tendance vers des conditions El Niño sur la période, marquée notamment en 2027 et 2028. El Niño réchauffe temporairement le climat mondial en se superposant à la tendance de fond, ce qui augmente la probabilité qu’une de ces années établisse un nouveau record.
Qui produit ces projections et avec quelle fiabilité ? +
Le bulletin est publié par l’Organisation météorologique mondiale (OMM), agence de l’ONU, et produit par le Met Office britannique, désigné centre de référence pour les prévisions décennales. Il agrège les données de plusieurs centres climatiques et de dizaines de modèles, ce qui en fait une référence consolidée plutôt qu’une projection isolée.

Au-delà du chiffre choc des 86%, le bulletin de l’OMM raconte surtout une continuité : celle d’un climat qui ne redescend plus de son plateau record, et dont chaque nouvelle édition confirme, données à l’appui, une trajectoire désormais bien balisée.

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Sources : OMM, ONU et données publiques. Article mis à jour régulièrement.

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